Plus de la moitié des directions juridiques se digitalisent

55% des directions juridiques ont engagé le virage de la transformation digitale, selon une étude réalisée par le cabinet de conseils Day One pour le Cercle Montesquieu et l'AFJE.

A le course à la digitalisation, les directions juridiques arriveraient en quatrième position. C'est l'une des conclusions de l'étude réalisée auprès de 113 experts et professionnels de la compliance* via un questionnaire qui leur a été adressé entre les mois de février et d'avril derniers. Ses résultats sont présentés dans un livre blanc intitulé « La digitalisation des processus de compliance au sein des entreprises », rédigé par un groupe de travail et rendu public vendredi dernier. Le rapport se nourrit des réflexions de plusieurs partenaires que sont l'EDHEC Augmented law institute, les cabinets De Gaulle Fleurance & Associés, Taj et Lexethic ou encore l'outil Smart Global Governance, une solution de gestion des risques. Sur le podium figureraient les directions finances (69% des répondants), RH (63%) et commerciale (58%). 

La digitalisation de la compliance poursuivrait surtout l'objectif d'en automatiser le processus et d'améliorer la sécurité (selon 71 % des répondants) ainsi que la gestion des risques (66%). 

L'évaluation des tiers, le nerf de la guerre

Sur quels sujets la digitalisation porterait-elle ? Surtout sur l'évaluation des tiers, puis sur l'anticorruption et les conflits d'intérêts ainsi que sur les données personnelles, déclarent les professionnels interrogés. 

Source : livre blanc, « la digitalisation des processus de compliance au sein des entreprises », Cercle Montesquieu et AFJE, septembre 2021.

 

Le résultat ne serait pas étonnant pour Olivier Chaduteau, managing partner de Day One. Car l'évaluation des tiers est un sujet transversal aux directions de l'entreprise. Il y aurait alors un gain de temps pour tous à procéder à une seule évaluation de chacun des tiers. Même si, en pratique, les choses s'avéreraient souvent plus compliquées que cela. Les outils proposés par le marché deviendraient plus performants et gagneraient en simplicité d'utilisation, selon lui. Les solutions existantes sur la thématique des données personnelles ainsi que des cadeaux et invitations auraient aussi le vent en poupe. Quant à la gestion des alertes internes, moins d'un tiers de répondants ont déclaré la digitaliser pour l'instant.

L'utilisation de l'intelligence artificielle resterait encore très modeste. « Seules 15% des entreprises qui ont initié un projet de digitalisation de leurs processus de compliance ont intégré des outils d’intelligence artificielle », note le livre blanc, qui site à titre d'exemples les chatbot ou le risk scoring dans le cadre d'une duel diligence opérée sur des tiers.

Une prime à l'agilité. « Les outils sur étagère avec un minimum de paramétrages sont les plus plébiscités (41%) », indique le livre blanc. Les répondants à l'étude choisissent, en majorité, des outils adaptables à leurs besoins, faciles d'utilisation. Ils prennent également leur décision en fonction du coût de la solution envisagée.

 

Source : livre blanc, « la digitalisation des processus de compliance au sein des entreprises », Cercle Montesquieu et AFJE, septembre 2021.

 

 

Des budgets modestes

Des budgets annoncés qui ne semblent pas correspondre à la réalité. Olivier Chaduteau, se montre un peu sceptique sur les montants avancés par les répondants pour mener à bien leur processus de digitalisation. Avec un taux de réponse sur cette partie du questionnaire à 88%, les professionnels interrogés ont répondu en majorité avoir bénéficié d'une enveloppe inférieure à 50 000 euros (aussi bien en phase de mise en place des outils, la phase dite de « build », que de son utilisation au quotidien (en « run »). « Ces montants semblent refléter, à ce stade, un niveau encore modeste d’investissement dans les solutions digitales de gestion de la compliance », analyse les rédacteurs du livre blanc. Seules 8 % des répondants indiquent avoir dépensé plus de 300 000 euros pour lancer leur digitalisation de la fonction compliance.

Mais alors faut-il trouver des synergies avec les directions juridiques et/ou compliances d'autres entreprises ? La moitié des répondants se disent favorables à une mutualisation entre différentes entreprises de la conception des outils digitaux sur les thématiques de la compliance. Ils ne le sont, en revanche, plus dès lors qu'il s'agit de les utiliser ensemble... « Le facteur concurrence joue clairement ici un rôle », avance l'étude.

* les répondants proviennent majoritairement de grands groupes (+1,5 milliards d'euros de CA et + 5000 salariés) ou de grosses ETI (+50 millions de CA et +50 salariés) et de sociétés non cotées. Certains relèvent de la direction juridique et d'autres de la direction compliance, lorsque l'une est autonome de l'autre.

 

Par Sophie Bridier

© Editions Législatives

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