Retards de paiement : l’engagement des grandes entreprises sera «décisif»
Les grandes entreprises ont été les mauvaises élèves en matière de respect des délais de paiement en 2020. Attention, outre le risque d'amende infligée par la DGCCRF en cas de manquement, la capacité à régler ses fournisseurs dans les temps sera bientôt prise en compte par la Banque de France en tant qu'indicateur de bonne gestion et de qualité de crédit.
« De 11,24 jours [de retards de paiement] en janvier, à 15,3 jours en août, avant de revenir à 12,84 jours en décembre ». Ces chiffres, issus du rapport annuel publié hier par l’Observatoire des délais de paiement, traduisent d’emblée les effets de la crise sanitaire sur les comportements de paiement des entreprises en 2020. Après 4 années de stabilité et une situation de baisse « très nette des délais de paiement clients et fournisseurs en 2019 », la pandémie a engendré une dégradation générale mais « modérée » des conditions de paiement en 2020 selon le cabinet Altares. Tous les secteurs et toutes les tailles d’entreprises sont concernés. Les secteurs qui ont un peu plus souffert que d’autres sont « les activités d’information et de communication et celles de l’hébergement-restauration qui dérapent de plus de 5 jours quand la construction et l’industrie se situent à + 1,4 jour ». Avec les périodes de confinements successives, « en l’absence de clientèle et donc de chiffre d’affaires », le rapport rappel'e les difficultés pour les commerçants à honorer leurs factures, « impactant alors toute la chaine de valeur, de la production des biens à leur acheminement ».
Dans les plus grandes structures, l'augmentation des retards de paiement a été la plus importante. « Si en moyenne la hausse des TPE est de 2,1 jours, elle est de 2,5 jours pour les PME et de 2,7 jours au-delà de 250 salariés ».
Pas de dérive complète
La « suspension au moins partielle annoncée par quelques grandes entreprises à leurs fournisseurs à l’occasion du premier confinement » a d'ailleurs alerté les pouvoirs publics et les a poussés à mettre en place un comité de crise sur les délais de paiement. Celui-ci aurait eu un effet dissuasif au tout début de la crise.
Mais les insuffisances des grandes entreprises en matière de respect des délais sont toujours pointées du doigt. « Il est préoccupant de constater de nouveau l’absence d’amélioration plus générale » de leurs comportements de paiement. Pour revenir rapidement à des tendances favorables d’avant-crise, un « engagement dans un processus de réduction des délais de paiement de leurs fournisseurs » est jugé décisif.
De manière générale toutefois, « il n’y a pas eu de dérive complète des comportements de paiement ». Cette dégradation modérée est notamment due aux « dispositifs publics massifs de soutien et d’aides en trésorerie » ainsi qu’aux « aménagements des conditions de règlement entre les entreprises », qui ont permis de « contenir le phénomène ».
Contrôles de la DGCCRF : du pragmatisme dans les sanctions
Concernant les sanctions infligées en 2020 par la DGCCRF, l'Autorité a tenu compte de la situation financière des entreprises au cours de l’année, « bien que les comportements sanctionnés soient relatifs à une période antérieure à la crise sanitaire ». Les suites répressives ont donc diminué en 2020 par rapport à 2018 et 2019 mais les montants des amendes ont tout de même été conséquents (jusqu’à 2 millions d’euros).
Attention, le rapport signale enfin que la capacité à régler ses fournisseurs dans les temps sera prise en compte par la Banque de France en tant qu' « indicateur de bonne gestion et de capacité à honorer ses engagements, et donc de qualité de crédit ». La Banque de France attachera donc une grande attention à la maîtrise des délais de paiement de la part de l’ensemble des entreprises faisant l’objet d’une cote de crédit.
Par Leslie Brassac
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